Et une nouvelle frontière, une ! Nous voilà en Bolivie, même si nous retrouvons des visages andins similaires à ceux du nord de l’Argentine, on sent bien que nous ne sommes plus du tout dans la même réalité économique. En parlant de visages connus, dans le bus nous retrouvons un couple de lyonnais que nous avions croisé à Cafayate : Marion et Guillaume. Nous nous dirigeons ensemble vers Tupiza, à une petite heure de la frontière et nous n’allons plus nous quitter pendant plusieurs jours !

A Tupiza, on change de décor, c’est notre première vue de la Bolivie et on n’est pas déçus. Ce n’est pas le far West mais presque : pour l’anecdote, c’est ici que les célèbres hors la loi américains Butch Cassidy et Sundance Kid furent tués. La ville n’est pas si petite avec ces vingt mille habitants mais il y règne une ambiance de petit village avec ces femmes en costumes traditionnels, ces petites échoppes et son tout petit marché. On retrouve le plaisir de s’essayer aux spécialités culinaires des gargottes de rue pour quelques bolivianos (la monnaie locale), un plaisir que nous n’avions plus goûté depuis l’Asie ! Au menu : soupe de cacahuètes et piquante de pollo. Miam ! On peut dire qu’il ne fait pas très chaud mais on flâne quand même de bon cœur le long des ruelles, et puis il faut choisir une agence pour notre excursion jusqu’au Salar d’Uyuni car c’est d’ici que nous partirons.

Et c’est parti pour quatre jours à bord de notre 4X4, direction le désert de sel d’Uyuni. Nous sommes accompagné de Marion et Guillaume mais aussi de Zolando notre chauffeur et guide, toujours de bonne humeur et de Noemi notre cuisinière qui va nous régaler et nous réchauffer pendant ce voyage. En cette première journée nous nous dirigeons vers la réserve naturelle Edouardo Avaroa, altitude record du jour : 4850m, même pas mal ! Sur la route on découvre la faune et la flore du coin : cactus à cheveux, lamas, vigognes, lapins à queue d’écureuil… et les paysages sont toujours aussi beaux bien sûr, est-il besoin de vous le rappeler encore et encore ?

Cette nuit, il fera froid, mais alors froid comme ça faisait bien longtemps, le duvet, les sous-vêtements thermiques et les multiples couvertures n’y feront rien, il faut dire que l’isolation…bref. Fanny, Guillaume, vous voyez ces nuits dans la tente au mont Rijani ? La canicule à côté… Mais après une merveilleuse soupe et un bon plat de viande, on sort quand même observer les étoiles. Il n’y a pas à dire, à 4500m d’altitude on croirait pouvoir les toucher !
Deuxième jour, nous sommes dans la réserve et le programme et alléchant, nous allons voir des lagunes de toutes les couleurs. Mais avant l’effort (oui quand même il faudra supporter les 5000m d’altitude aujourd’hui !), le réconfort : l’activité volcanique de la région nous offre quelques geysers (plus des fumerolles que des geysers d’ailleurs mais bon) et ces petites merveilles, les sources chaudes !!! Pas du luxe après cette nuit, allez hop hop hop on se met très vite en maillot de bain et on se glisse dans l’eau souffrée à 40°C, on n’est pas loin du bonheur là !

On tient bon pour l’altitude, quelques petits maux de tête et de ventre passagers mais ça aurait pu être bien pire. On tient le choc à coup de sucettes et bonbons au miel distribués régulièrement par Noémie, il faut du sucre. Maté de coca (infusion de feuille de coca) et eau, il faut beaucoup boire, ça passe sans problème pour tous les quatre. A midi, pique-nique au bord de la laguna verde, bon pas de chance, il faut du vent pour faire bouger les particules qui la font changer de couleur et ce midi, pas un pet d’air… C’est plutôt la laguna congelada, mais c’est beau quand même. Heureusement qu’on a troqué la chevrolet pour le 4X4 d’ailleurs car on en traverse des ruisseaux gelés, il faut même parfois descendre de voiture. Comment ça on est trop lourd ? C’est pas de notre faute c’est l’asado !

Nouvelle lagune, on tente de nouveau notre chance. Nous sommes au bord de la laguna colorada, de la même manière, le vent fait bouger des micro particules a fond de l’eau et celle-ci devient rouge. Nous passons un moment à observer (et mitrailler) une colonie de flamants roses qui se régalent de ces micro-organismes et miracle : le vent se lève ! A chaque bourrasque, l’eau rougit jusqu’à devenir rouge sang. C’est incroyable !

Troisième jour, cette nuit on a eu moins froid, nous n’étions qu’à 3000m aussi, tout s’explique. Aujourd’hui on avance dans un décor nouveau, les canyons et les formations rocheuses. C’est fou ce que la neige et le vent ont fait de ces roches, un vrai terrain de jeu pour petits trekkeurs. Les lamas sont toujours là bien sûr, tout droit sortis de leur album de Tintin, ils nous regardent passer l’air hautain « Oui, c’est pour quoi ? », pause pour la photo puis retour à l’occupation principale : brouter autour des cactus.

On approche du salar mais comme il est un peu tôt pour rentrer rien ne vaut une bonne petite aventure ! Nous sommes embourbés jusqu’à mi-roue dans une espèce de bouillasse salée, Zolando redouble d’éfforts, se démène pour sortir les roues à l’air du cric ; il lui faut des pierres, ok, mais il n’y a rien dans ce désert à part quelques mousses salées. Les garçons trouvent des bouts de bois, c’est mieux que rien. Vu les traces de pneus on n’est pas les premiers à qui ça arrive ! Une heure et demie plus tard on arrive à notre auberge, nous sommes à l’entrée du salar et c’est un petit hôtel de sel. Tout est en sel : briques, lits, tables, chaise, sol… c’est chouette ! C’est le dernier soir et on est traités comme des rois, d’abord douche chaude ! Trop bien et autant vous dire qu’avec la température la douche froide n’était même pas envisageable donc, oui, il était temps. Ensuite repas de fête : soupe du tonnerre, lasagnes maison et salade de fruit. On se couche le ventre bien rempli (un peu trop ?) demain c’est réveil à 5h30 !

Ça y est, on y est ! Le plus grand salar du monde :3600m d’altitude, 12 500 km2 l’équivalent de deux départements français. On y est pour le lever du soleil, c’est magique ! Quelques ilots peuplés de cactus parsèment cette grande étendue blanche, on visite l’île Incahuasi, un îlot dans lequel s’étaient réfugiés quelques incas pour échapper à l’envahisseur espagnol. Ici certains cactus vivent plus de mille ans !

On avance dans le désert, un ciel bleu intense et du blanc à perte de vue. On croirait de la neige mais à y regarder de plus près on distingue les hexagones formés par le sel. Sur 40m de profondeur il y a du sel, les boliviens viennent en extraire bien sûr mais la croûte est renouvelée par les pluies et elle s’épaissit chaque année de 2cm ! Nous on s’amuse bien, ici rien à l’horizon alors pour les photos c’est génial, il n’y a pas de perspective et on s’en donne à cœur joie. C’est la tradition quand on vient au salar, nous on a repris la tradition d’Alec et Rapha : celle de la banane.

Quatre jours de découvertes intensifs ! La Bolivie ça commence fort. Zolando et Noemi nous posent à Uyuni, apparemment le désert ne s’arrête pas aux portes du salar : il n’y a rien dans cette ville et en plus c’est cher. C’est dodo et demain matin direction Potosi, toujours tous les quatre.
